
Utiliser la mise en récit lors d’un atelier de restitution de votre diagnostic de vulnérabilité : Clermont Auvergne Métropole l’a fait avec une Une de journal fictive.

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Mettre en récit son territoire, c’est transformer un diagnostic en levier d’engagement : le récit aide à comprendre, ressentir, se projeter… et donc agir.
Certains territoires s’y sont déjà essayés : à Clermont Auvergne Métropole, l’atelier a démarré avec une fausse Une de journal projetant le territoire en 2044 ; dans le Parc Naturel Régional du Pilat, deux récits contrastés ont été construits autour de la forêt, selon qu’on agisse ou non.
Préparer un atelier de récit, c’est avant tout clarifier ses objectifs, choisir un format pertinent, et poser des hypothèses à la fois crédibles et mobilisatrices.
Le récit n’est pas une fin en soi, mais un point de départ : pour enclencher des actions, nourrir un dialogue stratégique, ou aligner techniciens et élus.
C’est un levier encore peu exploré : libre à vous de l’activer selon vos ressources, vos enjeux… et votre envie de raconter votre territoire autrement.
Difficile d’embarquer les élus et les habitants d’un territoire avec un tableau Excel ou une carte de vulnérabilité. Pour donner envie d’agir, il faut toucher, faire comprendre, projeter. Comme l’écrit l’écrivaine Nancy Huston, « l’humain est une créature fabulatrice ». Raconter, c’est permettre de ressentir, et donc de se projeter dans l’avenir.
À Clermont Auvergne Métropole comme dans le Parc naturel régional du Pilat, les équipes ont testé des formats originaux pour mettre en récit les impacts du changement climatique, à travers leur diagnostic de vulnérabilité aux effets du changement climatique.
Cet article s’appuie sur les retours d’expérience de Violaine Magne (Clermont Auvergne Métropole) et Adam Gibaut (Parc Naturel Régional du Pilat), partagés lors d’un atelier CdM Success animé en juin 2024.
Une approche sensible, mobilisatrice… et plus stratégique qu’il n’y paraît.
Les données d’un diagnostic de vulnérabilité aux effets du changement climatique ne suffisent pas à déclencher l’action. Pour qu’un élu ou un acteur du territoire s’en empare, il faut qu’il puisse se projeter, comprendre ce que cela changerait concrètement, chez lui, demain. C’est là qu’intervient le récit.
En tissant des liens entre faits, émotions et expériences vécues, un récit donne du sens. Il transforme une information froide en question vivante : que va-t-il se passer si rien ne change ? Et si on agissait ?
Des chercheurs comme Georges Marshall ou des auteurs comme Yuval Noah Harari l’expliquent : notre cerveau comprend mieux une histoire qu’un graphique. Ce n’est pas une question de “pédagogie facile”, mais de neurologie : nous réagissons plus fortement aux images, aux émotions, aux récits incarnés.
L’émotion joue ici un rôle central. Par exemple, la surprise peut signaler qu’on n’est plus en phase avec son environnement…Cette prise de conscience émotionnelle peut enclencher un nouveau rapport au territoire.
C’est ce que traduit la pyramide DICS (Donnée > Information > Connaissance > Sagesse) : pour transformer une donnée en levier d’action, il faut passer par l’appropriation.
Mettre en récit son diagnostic de vulnérabilité, c’est donc bien plus qu’un exercice de communication. C’est un outil stratégique pour enclencher la dynamique d’adaptation avec les acteurs du territoire.
Dans les deux cas, la mise en récit a été utilisée comme outil de restitution du diagnostic de vulnérabilité, en amont de la phase TACCT Stratégie. Elle a permis de transformer les constats techniques en récits concrets, compréhensibles et mobilisateurs.
Comment créer une vision partagée des enjeux climatiques ? À Clermont Auvergne Métropole, l’équipe a choisi de démarrer son atelier par une proposition audacieuse : une Une de journal fictive, projetant le territoire… en 2044. Résultat : un futur tangible, imagé, mobilisateur.
Ce point de départ a permis d’éveiller l’imaginaire collectif et de poser une base commune pour réfléchir aux impacts à venir, notamment sur la ressource en eau et l’inconfort thermique.
Dans un second temps, les participants ont travaillé en sous-groupes thématiques pour :
Un format inspiré de la méthode “Newspaper from tomorrow”, simple à mettre en œuvre.
Dans le Pilat, la forêt est apparue comme un enjeu prioritaire du diagnostic de vulnérabilité. Pour engager les acteurs, le PNR a conçu deux récits contrastés.
Premier atelier : un premier récit a été rédigé par l’équipe du Parc à partir des contributions des experts forestiers, ce récit est co-construit autour d’un scénario pessimiste, “si rien n’est fait”. Objectif : objectiver les risques, poser les impacts, séquencer les réponses possibles.
Deuxième atelier : les participants découvrent ce premier récit, puis imaginent collectivement une version positive, décrivant un PNR du Pilat résilient : forêt adaptée, filière sylvicole transformée, stratégie d’actions mieux répartie dans le temps.
Ces récits ont ensuite été synthétisés et présentés en commission, lors d’une réunion avec les élus et experts présents aux ateliers.
Ces deux exemples illustrent deux approches complémentaires : imaginer un futur désirable pour lancer un atelier, ou jouer sur le contraste des récits pour nourrir une stratégie.
Concevoir un atelier de mise en récit, ce n’est pas improviser une animation “créative” autour du climat. C’est une démarche exigeante, qui suppose d’allier préparation, posture claire et cadrage méthodologique. Voici les grands enseignements à retenir.
Facilitateur, animateur, expert technique ? Si ces casquettes ne sont pas bien identifiées, le risque de confusion est réel pour les participants. Des territoires ayant mené l’exercice conseillent de faire appel à un intervenant extérieur pour garantir la clarté du cadre et garder une posture neutre.
Tous les territoires n’ont pas les mêmes ressources humaines ou créatives. À Clermont, l’atelier s’est appuyé sur les compétences d’une ancienne journaliste pour rédiger la Une fictive. Si vous ne vous sentez pas à l’aise avec l’écriture, d’autres formats existent : récit oral, bande dessinée, dessin de presse, jeu de rôles, etc. Le choix doit rester cohérent avec :
Un récit percutant ne s’écrit pas à la volée. Il nécessite de :
Le tout en restant fidèle à la réalité du territoire, pour éviter de verser dans une forme de “climat-fiction”.
Le récit n’est pas là pour tout dire. Il est là pour faire ressentir, faire réagir, faire parler.
Les retours d’expérience montrent que des récits forts, voire “chocs”, déclenchent souvent une prise de conscience… sans provoquer de rejet.
Une approche efficace : tester deux scénarios contrastés :
Dans ce cadre, l’émotion peut (et doit parfois) primer sur l’exhaustivité scientifique. C’est ce qui rend le récit si puissant et mobilisateur.
L’atelier est terminé, les récits ont été co-construits… mais leur potentiel ne s’arrête pas là. Trop souvent, ces productions restent confinées à l’événement. Pour qu’ils deviennent de vrais leviers d’appropriation et de décision, encore faut-il bien anticiper leur usage.
Le récit n’est pas une fin en soi. Il doit répondre à une intention claire : amorcer un dialogue avec les élu·es ? Fédérer des services ? Nourrir la stratégie TACCT ? Valoriser des savoirs d’usage ? Cette question doit être posée en amont, car elle oriente la méthode, le format, et la façon dont le récit sera ensuite partagé.
Exemple : à Clermont, la Une fictive n’était pas destinée à être diffusée largement. Elle a servi de support interne à l’atelier, pour lancer le débat et poser une vision commune, et non pas comme un outil de communication grand public.
L’émotion joue un rôle dans l’atelier… mais elle ne suffit pas à structurer une stratégie.
Après l’atelier, il est essentiel de :
Ce travail permet de relier imaginaire et plan d’action : prioriser, planifier, identifier les besoins de mesure.
Un récit bien exploité peut :
Mais attention : un récit sorti de son contexte peut perdre son sens. Il est souvent intransférable tel quel. D’où l’importance de l’encadrer, de l’expliquer, et de l’inscrire dans une dynamique plus large.
À retenir : veillez à laisser un espace d’expression après la lecture des récits : certains peuvent susciter de l’inquiétude ou de l’éco-anxiété. Prendre soin du groupe fait partie intégrante du processus.
En jouant sur l’imaginaire, l’émotion et la projection, le récit renforce l’appropriation des diagnostics de vulnérabilité et facilite les discussions entre services, élus, partenaires. Il n’a pas besoin d’être parfait ni exhaustif : il doit avant tout faire réagir, faire parler, faire bouger.
Encore peu utilisé, ce levier mérite d’être expérimenté, à condition de bien le cadrer, et de prévoir comment l’exploiter ensuite. Les territoires de Clermont Auvergne Métropole et du PNR du Pilat montrent que c’est possible, même avec des moyens modestes, à condition de prendre le temps de bien poser les objectifs.
Vous envisagez d’intégrer une mise en récit dans votre démarche TACCT ou dans un projet d’adaptation plus large ? Voici quelques pistes pour aller plus loin :
Le plus dur, c’est souvent de commencer !
Retours d’expérience mentionnés dans l’article
Imaginer une Une de journal pour lancer la réflexion sur l’adaptation au changement climatique
Deux récits construits autour des impacts climatiques sur la forêt
Supports partagés par Adam Gibaut - accès réservé aux membres de la Communauté Adaptation
Autres récits inspirants
Boîtes à outils et méthodes de mise en récit
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